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في تاريخ : 25 /04 /2019
M. Chebbak: Questions approfondies de philosophie moderne et contemporaine

« Au syncrétisme primitif, à l'étude vague et approximative doit succéder la rigueur de la scrupuleuse analyse. L'étude superficielle du tout doit faire place à l'examen approfondi et successif des parties ;, mais il faut se garder de croire que là se ferme le cercle de l'esprit humain, et que la connaissance des détails en soit le terme définitif. »
Ernest Renan, L’Avenir de la Science
Décentrer, décloisonner
Trois auteurs sont proposés :
- Kant: Qu’est-ce que les Lumières ?,
- Hegel: Premiers Ecrits (Francfort 1797-1800), essentiellement des fragments de deux textes majeurs des Ecrits de Jeunesse : « L’Esprit du Judaïsme » et « L’Esprit du Christianisme et son Destin »,
- Arendt: Condition de l’Homme moderne : 1er chapitre « La condition humaine ».

Aucun de ces textes ne sera abordé, considéré, saisi comme un tout organique fermé sur lui-même comme un œuf. Jamais, ou rarement en tout cas, le texte ne sera approché dans la stricte clôture que délimite la discipline de référence, ici la philosophie. On n’expliquera pas forcément et nécessairement les mots par d’autres mots, les concepts par d’autres concepts, les thèses par d’autres thèses, et ainsi à l’infini… On ne brodera pas sur le même support : le texte. On n’ajoutera pas d’autres textes au même texte. On ne boira pas le calice jusqu’à la lie ! On n’usera pas la même corde ! On sortira des sentiers battus de l’intertextualité linéaire et diachronique (suivre servilement le fil de la tradition philosophique à travers l’histoire) tout autant que de l’intertextualité circulaire et synchronique (ce que disent en gros les contemporains d’un autre contemporain à une époque délimitée). Sauf exception évidemment et quand la sémantique l’exigera. On prendra l’air libre et vivifiant en échappant à cet air de famille qui maintient les textes captifs dans les rets du même : un tel commente un tel, un texte ouvre sur un autre texte, un livre fait échos à un autre livre. Comme si les auteurs, les textes, les livres étaient encastrés, depuis la fondation du monde, les uns dans les autres comme des poupées russes. On confrontera auteurs, textes, livres à ce qui leur est extérieur. On les fera crier, grincer (dixit Foucault), en les confrontant à d’autres disciplines, d’autres pratiques ou expressions culturelles de l’esprit : art, architecture, musique, paysage, littérature, cinéma. On les fera participer au chant polyphonique du monde. Dans cet appel à la participation gaie et joyeuse (cf. Nietzsche, Le Gai Savoir) à la symphonie plurale du monde, il y a, en filigrane, une supplique qui peut résonner parfois comme un cri de dernière chance : « Quittons de grâce cette attitude multiséculaire qui nous maintient dans une posture courbée, pliée, servile, chaque fois qu’on est en position de lecture ! » Levons-nous, relevons la tête, soyons debout, reprenons notre position verticale, celle qui nous sied à merveille, et allons, allons à la découverte des riches horizons qui nous font face ! Quittons le support écrit qu’il soit argile, bois, papier ou écran plasma. Nos ancêtres n’en avaient-ils pas usé et abusé ? En enfonçant leurs têtes dans le sable d’une culture scripturaire, nos ancêtres n’avaient-ils pas handicapé leurs yeux, leurs mains et figé leurs corps ? Le scripturaire qui prétend résumer la diversité de l’être dans le corpus écrit, ne voile-t-il pas à ses adeptes et ses disciples l’infinie richesse de l’être : lignes, formes, couleurs, ombres, lumières, figures, visages, voix ? Ne maintient-il pas dans le déni et l’oubli toute la mosaïque belle et bigarrée des êtres : minéraux, végétaux, animaux, humains ? (Cf. ANNEXES : Alain « Regarde au loin », Propos sur le Bonheur, Gallimard, 1962). Ce qui définit la philosophie comme manière de penser et mode de vie, c’est le saut périlleux, mais oh combien salutaire ! par-delà les cloisons et les clôtures, les limites et les frontières, les barbelés et les murailles. On ne comprend rien à la phénoménologie si on ne prend acte de ses applications dans les topiques de l’art, de l’architecture, du paysage, de l’urbanisme. On ne saisit rien du structuralisme ni du poststructuralisme si on ne voit comment Deleuze a approché la peinture (cf. Francis Bacon : logique de la sensation), le cinéma (cf. Cinéma 1- L’image-mouvement ; Cinéma 2- L’image-temps), la littérature (cf. Proust et les Signes, Kafka, pour une littérature mineure), l’art baroque (cf. Le pli. Leibniz et le Baroque). On peut dire autant de Foucault avec ses investigations qui ont éclairé les champs de l’enfermement et de la prison, de la folie et de l’asile psychiatrique, de la santé et de la clinique, de la sexualité comme souci de soi et comme usage des plaisirs, sans oublier son intérêt pour le peintre surréaliste belge Magritte. On peut évoquer, pour sortir du centralisme européen, les percées du philosophe iranien Daryush Shayegan est son aspiration à une « conscience métisse ». On peut rappeler les denses et riches travaux du philosophe belge Bernard Stevens sur la philosophie nipponne, l’école de Kyôto notamment. On peut signaler les ouvertures audacieuses d’un jeune philosophe issu de l’immigration : Mehdi Belhaj Kassem, celles de Fabrice Hadjadj qui secoue et subvertit l’idée même d’héritage naturel inné et immuable qui lie les hommes à une « identité », une culture, une religion… Toutes ces expériences révèlent la philosophie sous un autre jour. Ce n’est pas une affaire de fonctionnaire, mais une question d’être ou de non-être. Des mises en forme et en sens de la philosophie pareilles scellent, chacune à sa manière, le cycle discursif de la philosophie scolastique. Elles sont par essence anti-scolastiques. L’appellation « scolastique » vient du latin scolla qui signifie école. L’étude de la théologie et de la philosophie se faisait à l’intérieur des abbayes, des cloîtres et des universités. Dans la tradition de l’islam, le savantissime (‘allama’) ou le « philosophe » n’existaient qu’à l’ombre bienveillante du Prince et du Saint. Toujours est-il que pour apprendre la tradition, il faut s’isoler du monde et vivre son apprentissage et, plus tard, son enseignement comme une expérience de repli et de prise de distance. Il faut en quelque sorte rester chez soi dans le voisinage de ce qui est autochtone, constamment rassuré par le miroitement répétitif et récurent du familier. Or, le devenir philosophie est tout autre. Il est sorti, exil, rupture du cordon ombilical avec le semblable et le familier. Les expériences les plus marquantes le montrent : Saint Augustin, Spinoza, Marx, Nietzsche, Freud, Deleuze, Shayegan et bien d’autres… Pas Aristote, ni Averroès, ni Ibn Arabi ou Descartes. Deleuze disait que l’histoire de la philosophie représente l’Œdipe de la philosophie : son autorité répressive et castratrice risque de faire perdre le sens des choses. Deleuze, le doux et subtil Deleuze, a vécu l’histoire de la philosophie comme un rite de passage oedipien, lourd et asservissant, comme un poids accablant et déprimant. Mais il a su échapper aux rets de l’histoire de la philosophie pour enfin penser pour son propre compte, à ses risques et périls. (Cf. ANNEXES : Gilles Deleuze « Lettre à Marcel Cressole », dans Marcel Cressole, Deleuze, Editions universitaires 1973). Deleuze nous invite à nous libérer de l’emprise étouffante de l’histoire de la philosophie conçue comme une redite savante mais sciante et barbante de ce que la tradition a légué. Il nous confie : « Il y a une grande différence entre écrire en histoire de la philosophie, et en philosophie. Dans un cas, on étudie la flèche et les outils d’un grand penseur, ses proies et ses trophées, les continents qu’il a découverts. Dans l’autre cas, on taille sa propre flèche, ou bien on en ramasse qui vous paraissent les plus belles, mais pour essayer de les envoyer dans d’autres directions, même si la distance franchie est relativement petite au lieu d’être stellaire. On aura tenté en son propre nom, et l’on aura appris que le nom propre ne pouvait désigner que le résultat d’un travail, c’est-à-dire les concepts qu’on a découverts, à condition d’avoir su les faire vivre et les exprimer par toutes les possibilités… » (Gilles Deleuze, « Préface à l’édition américaine de Différence et Répétition, repris dans Deux régimes de fous, Minuit 2003). C’est ce que Nietzsche appelle « le gai savoir » : un savoir joyeux, allègre, léger, éthéré, subtil comme un exquis frisson de bonheur. Deleuze disait aussi de l’œuvre d’un de ses amis qu’elle était lumineuse et douce comme « un matin de fête ». Et qu’est-ce que un matin de fête sinon un matin singulier au goût suave et particulier. Qu’est-ce qu’un matin de fête, sinon une éclaircie lumineuse dans la litanie souvent lugubre et morne des jours. Un matin de fête ne ressemble d’emblée à aucun autre matin ordinaire. Il est unique. Il est d’abord un repos, puis un accueil, une convivialité. Il est un temps d’arrêt dans le calendrier monotone des jours. Les matins de fête de la philosophie sont nombreux : Hegel ira voir très tôt du côté de l’art grec, Marx investit le champ de l’économie, Nietzsche celui de la musique, Heidegger ira voir du côté de l’architecture, du paysage et de la peinture, Foucault affrontera l’univers carcéral et bien d’autres topiques des marges. Deleuze fera autant en approchant la musique, la littérature (Proust, Zola, Tournier, Fitzgerald, Kafka), le cinéma, la peinture. Alain Badiou aborde en romancier le roman et en critique le cinéma. Et leurs élèves ? Ils ne sont pas forcément philosophes professionnels. Ils sont architectes, musiciens, cinéastes, écrivains et, surprise !,… militaires ! (Cf. Eyal Weizman, A travers les murs. L’architecture de la nouvelle guerre urbaine, La Fabrique, 2008). Que produisent nos « philosophes » à nous ? Sur quoi ? Qui les édite ? Qui les lit ? Qui met en œuvre leurs idées si jamais ils en ont ? Kierkegaard disait qu’il faut s’ingénier pour « avoir une idée, une seule idée, pour laquelle on aimerait vivre ou mourir. » Deleuze précise qu’il est rare et unique d’avoir une idée. Mais nous : a-t-on jamais cherché une quelconque idée ? Il est mal venu de nos jours, et depuis toujours, de parler d’autres manières de penser aux professionnels de la philosophie officielle qui se détournent mécaniquement de toute audace intellectuelle préférant se cantonner là où il n’ y a qu’à jardiner de manière servile des portions timidement prélevées sur les territoires défrichis jadis par les pionniers de la pensée universelle. Comme la société dans son ensemble dans moult domaines, les professionnels de la philosophie sont incapables de faire autrement de la philosophie qu’à partir des concepts et des références métaphysiques les plus convenus qu’ils ont appris, parfois sur les bancs de l’école, souvent par simple ouï dire. Mais il n’y a pas que les auteurs qui ont investi d’autres topiques et libéré ainsi la philosophie de l’emprise des traditions sclérosées auxquelles elle est souvent restée chevillée. Il y a aussi les courants, tendances et autres écoles philosophiques : le courant issu de la mouvance des Lumières, celui opérant dans le sillage de la sensibilité romantique, les mouvements de la pensée contemporaine : marxisme, pragmatisme, positivisme scientiste ou logique, phénoménologie, structuralisme, post-structuralisme, déconstructivisme… Chacune de ces tendances a un point de vue sur le pouvoir politique, la vie en société, la création artistique, les modes de production et de distribution des richesses, la manière d’aménager l’habiter, de préserver le paysage, d’organiser l’urbain, d’utiliser la technologie, d’élaborer un regard critique sur les médias de masse, d’éduquer le goût esthétique pour ouvrir la sensibilité aux émotions qu’offrent la musique, la peinture, le théâtre, la musique, le cinéma… Chacune de ces tendances a creusé un sillon, ouvert une brèche dans la vaste diversité de l’existence. Chacune est certes née dans un sol nourri par les eaux vivifiantes d’une tradition ou d’un héritage qui ne manquaient pas de les inspirer. Mais il arrive que les eaux tarissent et que les héritages deviennent arides. La valeur d’une tendance philosophique est alors de s’ingénier à construire son propre socle et de s’arracher à la pesanteur de la terre natale pour pouvoir déplier elle-même, et par elle-même, le vaste catalogue de l’existence. Elle est comme sommée de creuser d’autres puits, de découvrir d’autres sources dans d’autres territoires (« le processus de déterritorialisation », selon Deleuze) pour y puiser des eaux fraîches afin d’irriguer les terres frappées de sécheresse. La philosophie créative est par définition extatique, intempestive, tonique, pétillante. Elle ne tient jamais sur place, mais se déplace constamment, infiniment. Alors que l’économie, par exemple, est repliée sur elle-même comme un autiste et ne cesse ainsi de rouler sur elle-même comme une roue. (Cf. ANNEXES : Mostafa Chebbak, « Figures de l’extatique : corps et architecture chez Drissi », dans Mohamed Drissi, Le Fennec, Collection Abstrakt, 2010). Toutes les expressions créatives de l’esprit (art, littérature, philosophie) ont connu des figures extatiques qui ont opéré en dehors des sentiers battus : Léon l’Africain, Saint Augustin, Voltaire, Rousseau, Condorcet, Diderot, Chateaubriand, Stendhal, Gérard de Nerval, les peintres orientalistes, Delacroix, Rimbaud, Baudelaire, Bataille, Kafka, Artaud, Genet, « la Génération perdue » (Hemingway, Fitzgerald), Walter Benjamin, Camus… Les grandes destinées de l’extatique demeurent toutefois : Spinoza, Marx, Nietzsche, Freud. Deleuze, encore lui, souligne, à juste titre, que la philosophie n’est pas communicative et encore moins contemplative ; elle est créative et intempestive. Elle met en forme et en sens de nouveaux concepts pour investir de nouveaux territoires. Elle n’est pas communicative par ce qu’elle ne délivre pas, clés en main, des réponses toutes faites aux différentes questions qui tourmentent le commun des mortels. Le philosophe n’est ni un psy, ni un gourou, ni un prêtre, ni un rabbin ou un imam et, encore moins, un militant au service d’une quelconque cause. Le philosophe est un « bricoleur » (pour user de la langue de Lévi-Strauss) outillé d’une matraque. Il pense à coup de matraque (Nietzsche) : il déconstruit et reconstruit constamment. La philosophie n’est pas non plus contemplative, en ce sens qu’elle récuse l’isolement, le repli sur soi, la clôture monacale. La sculpture de soi, chère à Onfray, n’advient que dans le sillage du contact noué, ou renoué après rupture, avec le monde, avec les autres et enfin avec soi-même. Pour penser il faut d’abord et avant tout sortir de la clôture de la mêmeté. Les pensées, ou prétendues telles, qui ont raté l’élaboration d’une authentique philosophie de l’être se caractérisent par leur fixation pathogène sur les chimères nombrilistes du même (l’aire islamique à quelques rares exceptions). Pour Deleuze, il faut « d’abord penser le monde, puis son pays, puis ses proches, puis soi. » La philosophie, comme pensée constamment projetée dans le monde, n’a pas de modèle auquel il faut se conformer. Elle est un processus, un devenir en perpétuelle mutation. Elle ne vit et ne dure qu’à la condition urgente de composer une petite musique nouvelle qui vient enrichir l’exquise symphonie de l’existence. Aussi le devenir philosophe est-il sans relâche un devenir extatique, une expérience physique de sortie hors de soi en termes d’habitude, de préjugés… Pas étonnant si Kant définit les Lumières comme une « sortie » d’un état vers un autre. La sortie est un mouvement ergonomique, une mobilité opérée par un corps physique dans un espace fragmenté. Pour « sortir », pour quitter un lieu vers un autre, passer de l’intérieur vers l’extérieur, du dedans au-dehors, et vice versa, il faut faire l’effort tout en étant conscient du passage d’un lieu à autre. Or, le passage, d’un état à un autre, d’un lieu à un autre, est un choix opéré par un individu autonome, capable de penser, de juger et d’agir par lui-même. Passer d’un état d’hétéronomie et de servitude à un état d’autonomie et d’émancipation est en soi un événement qui crée une mutation. La posture change, le corps se transforme (récupère son attitude verticale fixant l’horizon), l’esprit se libère, il peut enfin « regarder au loin » (Alain). Rares sont les philosophes qui ont vécu cette libération. Rappelons à titre indicatif, Saint Augustin et son passage périlleux de l’Afrique à Rome, Spinoza est son expérience du Hérem (l’excommunication jetée sur « le prince des philosophes par le rabbinat d’Amsterdam), Rousseau et ses pérégrinations de « promeneur solitaire » dans les sentiers escarpés du Jura, Condorcet et sa rupture fatale avec la noblesse, Voltaire, Montesquieu, les Encyclopédistes, Diderot notamment, Marx, Nietzsche, Freud, Hannah Arendt et sa rupture avec l’étreinte communautaire juive… Alors que les figures titulaires de la culture arabo-musulmane classique sont restées rivées, chevillées aux assises, aux fondations de leur culture d’origine. Quelques cas symptomatiques de cet ancrage et de cette assignation à domicile : Ibn Arabi, Averroès, Ibn Khaldoun. Nombreux parmi eux ont connu la philosophie. Mais ils l’ont abordée avec le prisme de leur culture vernaculaire de base. Ils ont certes porté un intérêt évident à la Grèce antique, mais ils n’ont saisi que des bribes et des fragments épars de cette culture. La raison en est « simple » : ils sont restés captifs de leur univers mental. Tant et si bien que la seule connaissance qu’ils ont eue de cette culture immense fut seulement une connaissance livresque, approximative et relative. Ils n’avaient hélas pas saisi que la Grèce ne peut être figée dans les textes. Elle ne peut être injustement résumée dans les mots combien même les mots auraient un certain poids. La Grèce antique est une totalité vivante que caractérise entre autre la majesté du Panthéon, la magie du théâtre et de la tragédie, la féerie heureuse des statues, le « choc » salutaire des images. Or, les « nôtres » sont pathétiquement passés à côté de cette immense richesse. (Cf. ANNEXES : Mostafa Chebbak, « La peinture figurative au Maroc. Eléments pour une conscience de l’œil », Maroc Premium, 19, Janv. Fév. Mars 2011 ; le même, « Omar Bouragba : le trait d’union plutôt que le creux de la faille » & « L’étoffe des songes : Hussein Tallal, comme seul l’ultime demeure », Arts du Maroc, 4, Eté 2011 ; le même, « L’évidence des commencements », catalogue de l’exposition Berhiss, un monde fantastique, Galerie Tindouf, Marrakech Hiver 2011). Si l’on se rapporte aux simples pérégrinations de nos classiques, on constate qu’ils ont voyagé uniquement dans la sphère de la domination musulmane. Ils ont connu Cordoue, Fès, Marrakech, La Mecque, Damas, Le Caire, Bagdad… Mais jamais ils n’ont abordé la Grèce, ni Rome. Aussi n’avaient-ils jamais connu de leurs propres yeux ni un temple, ni une statue, ni un théâtre antique, ni une fresque. Ils ont séjourné dans des territoires musulmans qui furent le berceau de grandes civilisations antiques (Babylone, Sumer, l’Egypte antique). Mais ils y avaient séjourné en aveugles, en scribes frappés de cécité à force de lire et d’écrire sans jamais prendre le temps de lever les yeux et d’admirer des merveilles comme les pyramides, les tablettes, les statues, les fresques, les monuments multimillénaires. Peut-être étaient-ils gavés et parasités par la mythologie biblique qui a jeté l’anathème sur ces vieilles et sublimes civilisations. Peut-être pensaient-ils que les vestiges sumériens, babyloniens, pharaoniques étaient de piètres et égarées œuvres sataniques. Aussi n’avaient-ils vu dans les civilisations antiques que paganisme, polythéisme, idolâtrie, oubli du Dieu Un et Unique, errance, déréliction, perte des repères loin du salut tracé par l’empreinte prophétique judéo-musulmane. (Cf. ANNEXES : Hegel, L’esprit du Judaïsme & Esprit du Christianisme et son Destin ; à titre documentaire : Bernard Lewis, Comment l’islam a découvert l’Europe, La Découverte, 1984 ; Xavier de Planhol, L’islam et la mer, Perrin 2000). La philosophie n'est pas une discipline coupée du monde, cloisonnée dans son langage et ses dogmes, austère et monacale, dévitalisée. Elle garde au contraire cet impératif : rester connectée au présent, permettre de comprendre le monde, la société, les problèmes contemporains. Faire rimer philosophie et aujourd'hui.

Questions approfondies de philosophie moderne et contemporaine

(Kant; Hegel; Arendt)
Par Mostafa Chebbak

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Mostafa Chebbak: Biographie… rêvée
« Après des études de philosophie à Rabat et à Louvain, Mostafa Chebbak se consacre à l’enseignement estimant, comme il aime à le dire, que « seul un enseignement éclairé peut tordre le cou à la bêtise ». Il a publié d’une manière régulière des textes sur l’architecture et le sens de l’habiter où il est toujours question de confusion des repères, de déréliction et de perte du sens de l’habitation humaine sur terre. Il s’interroge depuis des années aussi sur la signification de la présence des arts plastiques dans un pays comme le Maroc où la domination séculaire et exclusive du seul paradigme de l’écriture a privé les communautés et les générations d’une relation haptique et esthétique avec le monde, les autres et soi-même. D’où la déflation de l’existence et l’irruption du mal-être en nous, entre nous, autour de nous, et ce malgré les mascarades de façade. Il abhorre les clôtures communautaristes ou sectaires et se définit lui-même comme une émanation sereine mais vigilante de la double appartenance : au sol natal arabe et africain et à l’humanisme critique universel. On lui connaît un livre publié à titre confidentiel par la Fondation Shashoua à Londres : Artistes Marocains Contemporains, The Shashoua Collection, Londres 2007. (Texte bilingue : français/anglais). »
Maroc Premium, N° 13, Juil. Août. Sept. 2009, p. 39

الكاتب: محمد أسليـم بتاريخ: السبت 20-10-2012 04:03 مساء  الزوار: 970    التعليقات: 0

   

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